jeudi, janvier 28, 2010

Les produits naturels doivent avoir un numéro d'homologation d'Ottawa

Les produits naturels doivent avoir un numéro d'homologation d'Ottawa

Le 24 janvier 2010

MONTREAL - L'Association nationale des organismes de réglementation de la pharmacie (ANORP) demande prestement aux pharmaciens du Québec et d'ailleurs de « s'abstenir de vendre tout produit de santé naturel » qui ne dispose pas d'un numéro d'homologation dûment attribué par Santé Canada, a rapporté Le Devoir dans son édition de lundi.

L'appel a été relayé par l'Ordre des pharmaciens du Québec, mais aussi par la chaîne de pharmacies Uniprix qui, la semaine dernière, a transmis à ses succursales une liste de 201 produits « à écouler » rapidement et à ne plus recommander tant qu'ils n'auront pas été homologués par Ottawa, peut-on lire dans une note dont Le Devoir a obtenu copie.

Les fabricants de remèdes naturels déplorent cette situation et se disent victimes des lourds retards accumulés depuis six ans par le gouvernement fédéral dans la mise en application de sa propre réglementation qui vise à encadrer plus sévèrement les produits de santé naturels. « C'est un scénario catastrophe, a résumé la semaine dernière Audrey Couture, responsable des affaires scientifiques et réglementaires chez Santé Naturelle A.G., un important fabricant de médicament naturel et de suppléments vitaminiques au Québec. Nous sommes pris entre l'arbre et l'écorce. La vente de nos produits qui n'ont pas de numéro de produit naturel (NPN) est menacée. Mais s'ils n'ont pas ce numéro, c'est parce que Santé Canada tarde à nous le donner. Cela ne veut pas dire que ces produits ne sont pas sécuritaires puisque plusieurs d'entre eux sont vendus sans problème au Québec depuis les années 80. »

En vertu d'un règlement fédéral, depuis le 31 décembre dernier, l'ensemble des produits de santé naturels commercialisés au pays doivent afficher sur leur emballage un NPN. Ce numéro, composé des lettres NPN suivi de huit chiffres, garantit aux consommateurs qu'ils sont en présence d'ingrédients dont la qualité, la formulation, l'efficacité et l'innocuité ont été scientifiquement et rigoureusement étudiées. L'entrée en vigueur de ce nouveau cadre s'est faite progressivement depuis son entrée en vigueur en 2004.

Or, loin d'avoir rempli ses engagements réglementaires, Ottawa a accumulé d'importants retards dans le traitement des dossiers de validation de ces produits dont moins de 10 000 sont toujours en attente d'analyse dans l'appareil administratif. L'an dernier, Santé Canada s'est d'ailleurs donné jusqu'au 31 mars prochain pour rattraper ce retard. Mais, selon les calculs effectués par Le Devoir, au rythme où les NPN sont émis, c'est de 15 ans que les gardiens de la santé publique risquent d'avoir besoin pour venir à bout de cet arriéré. Avec les ressources actuelles.

« C'est une situation intenable pour une vingtaine de producteurs du Québec qui risquent de perdre des parts de marché à cause de la lenteur du gouvernement, a résumé Luc Malo, porte-parole du Bloc québécois en matière de santé. Santé Canada n'a pas respecté la mise en place de son propre règlement. Le ministère a désormais l'obligation de revoir son échéancier, pour qu'il soit plus réaliste, mais doit aussi prendre les mesures qui s'imposent pour assurer la pérennité de l'industrie des produits de santé naturels. »

Le Règlement sur les produits de santé naturels est régulièrement montré du doigt par les fabricants de remèdes de ce type qui dénoncent les dérives de ce programme et les difficultés rencontrées par Ottawa dans sa mise en application. A ce jour, Santé Canada a englouti près de 45 millions $ sans pour autant avoir réussi à respecter le cadre temporel que le gouvernement fédéral lui a imposé. En plus d'avoir doublé ses ressources humaines, le programme d'évaluation des produits de santé naturels a vu par ailleurs son budget grimper de 172 % depuis sa mise en place sans pour autant réussir à rattraper son retard dans le traitement des dossiers.

Notons que dans les demandes toujours en traitement, plusieurs des produits pourtant inoffensifs, comme des produits à base d'acidophillus, une bactérie entrant dans la composition du yogourt, d'ail ou encore de jus de canneberge, dont l'innocuité a été démontrée depuis des années un peu partout sur la planète.


Nouvelles de © La Presse Canadienne, 2010.